Jacques Chaboissant : « Son évolution s’est faite au fur et à mesure qu’il a gravi les étapes… »

27 avril 2026

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À l’approche de la finale de Poitiers, qui s’annonce comme un moment fort de la saison, le regard se tourne aussi vers celles et ceux qui accompagnent les joueurs dans l’ombre. Jacques Chaboissant partage, avec sincérité, son vécu de père de joueur professionnel, entre soutien quotidien, émotions et engagement familial. Il revient également sur la saison du club, ses temps forts et les enjeux de cette finale imminente. Un témoignage éclairant sur l’envers du décor et le rôle essentiel de l’entourage dans la performance sportive.

Bonjour Jacques, pour commencer qui-êtes-vous ?

 « Bonjour, je m’appelle Jacques Chaboissant ; je suis le père d’Anatole qui évolue à l’Alterna Stade Poitevin, l’ASPVB. J’ai 64 ans et j’ai joué au volley à l’âge de 8 ans ; je suis arrivé au club du Volley Ball Pexinois Niort en 1987 et j’y suis toujours licencié. Depuis 1983, j’ai toujours oeuvré pour le volley-ball. Dirigeant, entraîneur, arbitre. Aujourd’hui, seulement dirigeant. J’ai assumé le rôle de président du VBPN entre 2000 et 2015. »

En tant que père, à quel moment avez-vous réalisé que votre fils avait le potentiel pour évoluer à haut niveau dans le volley ?

« Il faut comprendre que nous sommes une famille de volleyeurs ; la mère d’Anatole ( Béatrice ) a été pro pendant une quinzaine d’années et notre fille a fait 3 ans de CFC à Béziers et joue actuellement en N2 au VBPN. Comme Anatole, elles sont toutes les deux passeuses. Mon épouse a arrêté de jouer après 50 ans, mais jusqu’à aujourd’hui elle a continué d’entraîner des équipes seniors ou jeunes. Cette année, elles co-entraînaient toutes les deux, les M18 féminines en Coupe de France. Anatole a joué au volley avant d’être né, car mon épouse a joué enceinte. Dès le plus jeune âge, on avait repéré chez Anatole des qualités psychomotrice hors norme.

Comme il a passé toute sa petite enfance dans les gymnase, dès l’âge de 4 ans il a commencé à fréquenter l’école de volley. A 7 ans, il jouait avec les M11, et assez rapidement ( à partir de 10 ans ) il a participé aux compétitions nationales ( Coupes de France M13 et mini-volleyades ) ; on voyait qu’il avait déjà un fort potentiel. Ensuite, il lui fallait passer les différentes étapes de la formation. »

Comment avez-vous vu son évolution depuis ses débuts jusqu’à aujourd’hui, notamment dans un club comme Poitiers ?

« Son évolution s’est faite au fur et à mesure qu’il a gravi les étapes ; meilleur joueur français dans les compétitions jeunes, toujours présents dans les finales nationales jeunes ( quelques podiums et le titre avec les M15, alors entraîné par sa mère ) ; puis stage France, intégration au Pôle Espoir de Bordeaux, puis au Pôle France de Montpellier et titre de Champion d’Europe avec l’Equipe de France des M17 en 2029, élu meilleur paseur européen de la catégorie. Ensuite premier club ( le Nantes Rezé Métropole Volley ) ; il a le statut de CFC, mais prend la place du passeur titulaire au bout de 6 matchs ; remporte la Coupe de France l’année 2 ; fait une année à Paris Volley la saison dernière avant de rejoindre l’ASPVB cette saison. Entre temps, il participe à la VNL avec l’Equipe de France, mais une grosse blessure l’éloigne des terrains suite à une opération en juillet 2025. Après 5 mois de ré-éducation et ré-athlétisation au sein du collectif poitevin, il reprend la compétition le 3 janvier 2026 ( on attendait son retour initialement prévu pour fin février, début mars ), avec les résultats que l’on connait en Coupe d’Europe CEV et en championnat MSL. »

Qu’est-ce qui vous rend le plus fier dans son parcours : ses performances sportives ou son évolution personnelle ?

« Pour nous ( car nous nous concertons toujours en famille ), la construction d’un athlète de haut niveau est un parcours qui comporte de multiples facettes. Le sportif ( physiques, mental, technique, tactique ), et la construction de la personnalité. Nous ne pensons pas qu’il soit possible de dissocier les 2, même si tout ne se travaille pas en même temps. Il y a un temps pour tout dans la construction, et le rassemblement d’un maximum de paramètres lors de la réalisation. Ce que nous savons d’Anatole, c’est 2 choses : il a un physique qui ne correspond pas aux standards et une personnalité et une façon de pensée différente ( ce que beaucoup de gens considère comme du je m’enfoutisme ; ce qui n’est pas du tout le cas, et qui souvent dérange ; mais ce calme qu’il transmet à ses co-équipiers, sur et en dehors du terrain, c’est toute sa force. Ensuite, il y a la part incomprésible de chacun : le talent et l’intelligence de comprendre les choses avant les autres ( en jeu, j’entends ). Ensuite, il a été éduqué pour être un citoyen informé et ampathique avec autrui. »

Comment vivez-vous les matchs aujourd’hui : plutôt stressé en tribune ou confiant dans son jeu ?

« Pas trop stressé, mais surtout critique ; Anatole fait toujours une analyse de ses matchs, sans concession avec sa mère ; quand il s’agit de haut niveau, ils sont en phase. »

Quel regard portez-vous sur la saison actuelle de Poitiers, aussi bien collectivement qu’individuellement pour votre fils ?

« Collectivement, avec les différrents pépins physiques de certains joueurs depuis le début de la saison, l’équipe s’est montrée performante. Simon GILL a parfaitement tenu l’équipe lors de la première phase aller ; Anatole a pris la relève. Les résultats parlent d’eux-mêmes ; 1/4 de finaliste de la CEV Cup, et une qualification pour la finale du Championnat de France, et pourquoi pas d’un titre ( mais la route est encore longue ). Parler des performances individuelles c’est très compliqué ; comment les déconnecter de la performance collective ? Ce serait un manque d’humilité vis-à-vis de ses co-équipier et du staff. Si on veut parler chiffres, on peut dire qu’il est assez exceptionnel qu’un passeur soit récompensé cinq fois du trophée de MVP en une demie saison. Mais que serait Anatole à l’ASPVB s’il ne faisait pas briller ses co-équipiers avec les résultats cités plus haut ? »

En tant que parent, quel rôle jouez-vous aujourd’hui dans sa carrière : simple soutien, conseiller, ou parfois un peu “agent” dans l’ombre ?

« Il y a un sujet sur lequel il faut être très clair ; chacun doit rester à sa place ; Anatole a un agent ( il discutent projet, évolution, contrat, éventuelle sélection Equipe de France, et en règle générale, les notions de parcours ) ; il a un staff qui l’entraîne et le fait jouer, et un club qui l’accompagne comme tout joueur professionnel ; avec une petite mention collective sur l’accompagnement post opératoire jusqu’au retour sur le terrain ; le médical est important dans ces situations de blessure. Comme tous parents ( sans oublier sa soeur ), nous l’accompagnons au mieux, mais de manière particulièrement proche ( et surtout parce que cette vie familiale lui convient ) ; comme je l’exprimais plus haut, quand ça parle volley ball de haut niveau, c’est avec sa mère. »

Est-ce difficile de trouver l’équilibre entre votre rôle de père et celui de personne impliquée dans son projet sportif ?

« La réponse se situe à la question précédente ; chacun à sa place ; notre rôle c’est de rester disponible autant que faire se peut, et donc l’équilibre est très facile à trouver ; on sait que parfois la ligne d’équilibre est ténue, mais ça se règle par l’échange et le dialogue. Et quand il s’agit de projet de carrière, nous réunissons « le conseil de famille ». Jusqu’à maintenant, les décisions se sont discutées entre nous quatre, et ensuite Anatole prend sa décision.« 

Quel conseil donneriez-vous aux parents dont les enfants rêvent de faire carrière dans le volley ou le sport de haut niveau ?

« Toujours le même ; le parent ou les parents sont sensés être ceux qui connaissent le mieux leur enfant et surtout lui apporter un soutien affectif équilibré. Mais ensuite, chacun doit rester dans le rôle qui lui est propre ; sinon, nous sommes dans la confusion des rôles, et à ce moment-là, il y a de fortes chances de déstabiliser celle eu celui dont le potentiel est très prometteur. »

Un grand Merci à Jacques pour sa confiance !

Auteur
Mallory

Mallory

Passionné par le sport et la communication sportive, Mallory est depuis 2014 responsable du site 5by5.fr. N'hésitez-pas à le contacter pour une demande d'interview ou pour toutes autres demandes en rapport avec 5by5 !